22.07.2005
L'éloge de la pornographie

Ce qui me gêne le plus dans le porno c’est l’absence de la montée du désir. L’acte est bel et bien représenté, mais bizarrement le désir est mis à l’index. Le porno est devenu en quelque sorte une espèce de film d’horreur, gore même. Ou l’on montre tout au point d’en être écoeuré.
Bien sûr il n’est réalisé que dans un seul but, masculin la plupart du temps, mais personnellement il me laisse toujours sur ma faim. J’ai envi aussi d’assouvir mon désir de « mateuse » puisque c’est une des fonction du film porno : pouvoir regarder les autres baiser pendant que l’on reste caché bien au chaud chez soi sans avoir peur de se faire surprendre (par quelqu’un qui ne nous plait pas en l’occurrence). Mais j’ai du mal à être excité. Même en aimant les femmes (et je crois que les réalisateurs jouent avec cette ambivalence féminine), j’ai toujours la drôle d’impression d’être à la place du mec. Enfin ce n’est pas qu’une impression puisque la caméra se place du point de vue de l’homme.
Ce qui m’agace le plus dans le porno c’est son « scénario » répétitif, d’abord la fille se dandine dans tous les sens pendant que le mec bave en la regardant (ce qui n’est pas très sexy du point de vue d’une femme), ensuite nous enchaînons sur un cunnilingus (plus ou moins bien fait), avec quelques doigts ou autres accessoires. Vient la scène de la fellation (filmée sur le coté pour bien voir la bouche qui gobe le sexe énorme, et filmée du point de vue du hardeur, ça c’est pour les routiers qui sont en train de se branler). Puis le mec se met à besogner la fille avec une certaine concentration plus proche d’une performance artistique (et pas théâtrale) que d’une véritable envie de baiser. La fille est retournée pour que notre routier national (désolé, c’est une bonne image le routier) puisse un peu la voir de l’autre coté. Ensuite nous passons à la phase 3 de la scène qui est la sodomie, qui ne dure jamais très longtemps d’ailleurs (sauf pour les films de genre). Et pour finir, la cerise sur le gâteau, le mec se termine en éclaboussant les seins, les fesses, mais surtout le visage de sa partenaire. Nous avons donc bien remarqué que l’homme a joui, la femme quant à elle, nous n’en sommes pas très sûr (le routier, lui, s’en fou, il a déjà lâché la sauce pendant la sodomie…).
Donc je récapitule : 1- cunnilingus, 2- fellation, 3- missionnaire, 4- levrette, 5- sodomie et 6- la sauce dans l’œil. Facile à retenir… Et c’est bien ça le problème. Déjà que l’orgasme de la femme est quasi inexistant mais en plus son désir à elle (de routière) est bâclé puisqu’elle sait exactement dans quel sens elle va être baisé.
Difficile de se masturber dans ses conditions et de partager cela avec son compagnon par exemple. De mon côté, pour mon expérience personnelle de la chose, c’est un exercice de haute compétition de devoir gérer et mon compagnon, et quelques images du film, et les images intérieures du scénario que j’améliore suite à son inexistence dans le film… Difficile donc, même quand on est seule.
Cette absence de surprise dans l’écriture du film porno est fatale aux femmes. Parce que ces fantasmes sont trop complexes. Comme me disait très justement Monsieur Grelleti, il faudrait un bon mélange entre de l’érotisme et de la pornographie. Avec une vraie écriture, des mots qui font frissonner et qui donnent vraiment envie aux femmes d’écarter leurs jambes. Et qui excite les hommes en même temps. Des situations d’attente, de fuite, de retrouvaille… Bref, autre chose qu’une répétition systématique qui en devient finalement toute aussi routinière… (ce qui est un comble pour un film porno).
12:12 Publié dans L'ART D'ÊTRE TOLÉRANT | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note