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23.08.2005

La vie rêvée des anges

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La jalousie est un sentiment qui ne me va pas. Je l’ai été une fois. Avec mon ex, Fred. Sa première scène c’était après le vernissage de mon ancien prof de peinture. Nous avions une étrange relation mon prof et moi. Il était torturé et plutôt tortionnaire avec ses étudiants. Quand il me croisait dans les couloirs il entonnait systématiquement une chanson populaire du début du siècle parlant d’une femme au même prénom que moi. Je trouvais la situation toujours ridicule, mais je restais à chaque fois, je le regardais chanter, je le regardais se ridiculiser. Sauf qu’en fait, ça n’était pas si ridicule. Il me regardait droit dans les yeux, avec intensité, à chaque fois, et continuait la chansonnette. Bref, le jour du vernissage il était forcément très sollicité, et je n’ai pas voulu faire du forcing-lèche-bottes pour le saluer avant de quitter l’exposition. Fred a interprété mon geste comme une cachotterie envers lui. Il est devenu rouge. Il n’a rien dit sur le coup, trop de connaissances dans ce vernissage, mais, sur la route, il a explosé. Il semblait certain sur le fait qu’il se passait quelque chose entre mon prof et moi, mon comportement, sa façon de me regarder… C’est la première (et dernière d’ailleurs) scène de jalousie à laquelle j’ai été confronté dans ma vie.

Ma première scène (aussi la dernière) a éclaté alors que nous étions séparés, toujours avec ce même Fred, j’ai hurlé comme une hystérique, à en perdre la voix, je me suis traînée à ses genoux, je l’ai insulté, je l’ai menacé, j’ai pleuré, j’ai supplié… J’avais aussi beaucoup bu. Je venais de réaliser que nous n’étions plus ensemble et cette idée me semblait impensable. Nous avons vécu un an ensemble et je ne l’ai jamais trompé, pas même avec mon prof. Je ne peux pas en dire autant de lui.

Je remarquais que plus le mec était jaloux, plus il était vulnérable à tromper et à faire lui-même ce qu’il n’admettait en aucun cas chez sa partenaire (et vise versa). Cette idée est d’une absurdité démesurée. Mais elle est courante. Je ne me suis pas aimée dans ce « rôle » de femme jalouse. Ce n’était définitivement pas moi. À partir de là je n’ai plus jamais eu d’amants enclins à la jalousie classique ou maladive. Et, de mon côté, j’ai abandonné ce sentiment de possessivité ultime de l’autre. Je n’ai jamais trouvé que la jalousie était une preuve d’amour. Les « combats » virils pour marquer son territoire sur sa conjointe ou les crêpages de chignons aux cris perçants m’ont toujours semblé une perte de temps et d’énergie pour rien si ce n’est de se faire remarquer pendant un dîner ou une soirée.

La peur d’être trompé vient d’un ego assez conséquent et de cette peur de la honte, du ridicule d’être le « cocu » de l’histoire bien plus que la perte de l’amour, des sentiments de l’autre.
Alors que la véritable problématique est le fait de mentir à l’autre. Je trouve encore plus ridicule de s’enfoncer avec délectation dans des actes de mauvaises fois quitte à rendre sa vie impossible plutôt que d’entamer le dialogue avec la personne qu’on aime soi-disant et de mettre cartes sur table afin de trouver un compromis ensemble.